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Prendre soin : Qui prendra soin de nos anciens

 

Scientifiques, pouvoirs publics et entreprises privées déploient des moyens considérables pour faire progresser la médecine, améliorer notre environnement et notre alimentation. Le résultat est impressionnant. L’espérance de vie s’allonge et transforme notre société en profondeur. Pour autant les politiques sociales menées ces dernières années ont favorisées l’individualisme au détriment de la solidarité nationale. Comment ne pas voir dans l’obligation pour les entreprises de « fournir » une mutuelle, un changement de paradigme. Le désengagement de l’état est acté par ce texte qui livre la sécurité sociale aux mutuelles.  Le haro lancé sur les 35 heures ne fera que mécaniquement aggraver ce constat de désocialisation. Comment créer ou maintenir du lien social lorsque certains nous promettent la disparition de durée légale du temps de travail ? Comment créer ou maintenir du lien social quant nous sommes opposés les uns au autres, classés selon nos origines, nos compétences ?  Comment faire pour assurer une existence décente à ceux, de plus en plus nombreux, qui sont trop âgés pour vivre seuls ? C’est une question de dignité. Le chantier est immense, il mérite que lui soit consacré autant d’énergie qu’à celui qui permet de repousser sans cesse l’échéance de la mort. L’élection présidentielle doit être l’occasion de réfléchir à quelle société nous voulons. Il s’agit ici de mettre un focus sur les questions de santé et plus particulièrement de réfléchir à la place de nos ainés trop âgés pour rester seuls chez eux.

 

D’ici à 2030, les 75 ans et plus passeront de 6 à 8,4 millions en France. Ce chiffre, à lui seul, donne le vertige. Mais si on vit de plus en plus longtemps en , tout le monde n’aura pas la chance de vieillir dans les mêmes conditions de santé.  L a prise en charge de la dépendance devrait donc être un thème majeur dans la campagne présidentielle… mais ce n’est pas le cas. Pourtant, il y a urgence. Pour les Français, c’est un sujet de préoccupation majeur. On les dit dans le déni, rétifs à parler « perte d’autonomie » ? Faux. C’est un « sujet important ou primordial », estiment-ils à plus de 77 %, selon le baromètre annuel Ocirp (2017), l’organisme de prévoyance à but non lucratif. De plus en plus de familles y sont confrontées. Car quand tombent les mots « AVC », « Alzheimer », « DMLA », « Parkinson »,  c’est le quotidien qui bascule !  Comment trouver  l’auxiliaire de vie, la maison de retraite de bon niveau, mais sans se ruiner ? Car s’il y a un point sur lequel les Français ne veulent plus transiger, c’est de s’occuper de leurs aînés au quotidien comme 1 sur 6 le fait. Pour 49, 7 %, c’est non ! Et ça, c’est nouveau. Egoïsme ? Non, c’est le reflet d’un changement sociologique. Les familles ne sont plus les mêmes qu’il y a vingt ans, elles sont plus éclatées, moins disponibles, prises en étau entre leurs jeunes à soutenir et leurs parents vieillissants.  L’âge avancé des aînés va de paire avec des aidants eux aussi de plus en plus âgés. Jusqu’à présent, les candidats ont parlé « retraites » sans parler de l’impact que l’allongement de la durée de cotisation ne manquerait pas d’avoir sur l’entraide intergenerationnelle. Actuellement 47 % des aidants travaillent, que ce passera t-il si on recule l’âge de la retraite ? On parle un peu « handicap », vaguement « autonomie »… Mais sans que ce sujet semble prioritaire. C’est maintenant qu’il faut repenser les logements, l’urbanisme, les transports. Plus on attend, plus le chantier va devenir complexe et coûteux. Depuis la création de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) sous Jospin, en 2002, puis l’instauration de la journée de solidarité, sous Raffarin, après la canicule de l’été 2003, plus rien ou pas grand-chose. Comme on s’est habitué à ce que les sans abris payent un lourd tribu à l’hiver,  les décès de personnes âgées lors de fortes chaleurs devient saisonnier, habituelle. On fait le dos rond, le personnel des maisons de retraite souffre, et les aidants s’épuisent.

Que désirent les Français pour leurs vieux jours ? Rester chez eux (à 76,2 %) ; bref, surtout éviter la maison de retraite ! Trop cher (en moyenne 2 500 € par mois, 4 000 € pour les grandes villes), trop aléatoire, trop déboussolant ! Mais pour bien vivre chez soi quand on n’est plus très vaillant, il faut compter environ 1 800 € par mois ! Encore trop lourd quand un retraité du privé ne perçoit en moyenne que 1 066 € chaque mois (sans compter la retraite complémentaire).  La prise en charge à domicile repose en grande partie sur l’entourage, essentiellement les conjoints et les enfants. Ce système D qui ne dit pas son nom, c’est la fille dévouée qui apporte à manger, le beau-frère bricoleur qui installe rampe et carrelage antidérapant, le neveu qui fait les courses… Soit un coup de pouce équivalent à 6 ou 7 Mds€ par an ! Mais cet échafaudage est bien précaire. Comment on fait pour la suite ? Si on ne répond pas à cette question avant la fin du prochain quinquennat, le système va craquer Le choix des Français, lui, est fait : c’est celui de la solidarité nationale. A elle de s’en charger, car, jeune ou vieux, le problème nous concerne tous, estiment-ils ! Deux sur trois attendent du futur président un financement durable du risque de perte d’autonomie.

 

Jean-Luc MELANCON

Le candidat de la France insoumise veut créer 10 000 places par an en Ehpad pendant le mandat, avec des tarifs accessibles. Il prévoit de réduire le reste à charge de 500 € par mois pour les personnes en établissement et d’augmenter de 50 % le montant de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) pour ceux qui restent à domicile. Plutôt qu’une journée de solidarité nationale, il préfère une « journée de solidarité des riches ».

 

Benoit HAMON

Le candidat PS veut encourager la création de places dans les Ehpad publics ou ceux créés par l’économie sociale et solidaire. Benoît Hamon veut augmenter l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) de 30 %, et mieux former et rémunérer les aidants. Il chiffre l’effort financier à 1 Md€, à destination notamment des plus modestes. Il instaurera aussi un crédit à taux zéro et un crédit d’impôts « bien vieillir » pour permettre à toutes les familles d’adapter leurs logements.

 

Emmanuel MACRON

Le candidat d’En Marche ! veut augmenter le minimum vieillesse de 100 €, le portant à 900 € par mois, pour une personne seule. Pour les aidants, Emmanuel Macron propose de créer un droit à la formation, de mettre en place un accompagnement psychologique et d’autoriser le don de RTT entre collègues. Il veut aussi créer un service sanitaire de trois mois pour les étudiants en santé, afin qu’ils mènent des actions de prévention de la dépendance.

 

François FILLON

Le candidat LR veut créer un label pour les contrats d’assurance dépendance assorti d’une incitation fiscale, développer les fonds viagers mutualisés, inciter au développement de l’épargne autonomie. François Fillon propose aussi de lancer un plan de professionnalisation des aides à domicile et d’adaptation des logements au grand âge. Il veut aussi faire de l’aide aux personnes âgées une priorité de l’engagement de service civique.

Marine LEPEN

La candidate FN veut créer une cinquième branche (« risque ») de la Sécurité sociale, pour couvrir les dépenses liées à la dépendance. Cette mesure sera financée par la « lutte contre la fraude » en matière de dépenses de santé et par la suppression de l’aide médicale d’Etat (qui permet aux étrangers en situation irrégulière d’accéder aux soins). Elle entend revaloriser le minimum vieillesse en le conditionnant à la nationalité française (ou à vingt ans de résidence dans le pays)